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CAFOUCHO d’Odieux Boby

J’ai découvert le travail de Boby sur Instagram avec ses photos prises lors des manifestations des Gilets jaunes. Ces images sortaient clairement du lot ! Ce qui m’a scotché, c’est sa capacité à voir les choses sous un autre angle et à transformer les scènes de la vie quotidienne en quelque chose de quasi iconique, avec un style immédiatement reconnaissable.

Originaire de Marseille, il est connu sous le nom d’Odieux Boby. Boris Allin collabore depuis longtemps avec Libération. Au départ, Boby rêvait de travailler pour l’AFP, mais c’est finalement à Libération qu’il débute. Là-bas, il a trouvé la liberté d’y glisser une forme d’humour, ce petit côté « poil à gratter » qui fait aujourd’hui sa signature. Dans ses images, il ne cherche jamais à faire comme les autres, mais à regarder ailleurs, différemment.

Revenons au livre avec ce titre qui en dit long… Cafoucho est un mot du Sud qui évoque le désordre. C’est aussi ce que sa mère lui disait : « Range ton cafoucho ! ». Des années plus tard, cette phrase prend tout son sens dans son premier livre…

Avec Cafoucho, Boby rassemble quinze années de photographie stockées sur plus plus de 30 disques durs qu’il décrit comme une chambre d’adolescent mal rangée. Je n’ose même pas imaginer le temps qu’il a passé à trier et à choisir la sélection !

De ce chaos est né un livre étonnamment structuré, un désordre où chaque image trouve sa place. Les photos, issues de thématiques très différentes, cohabitent, se répondent et dialoguent entre elles. L’ensemble ressemble à une semaine de la vie de Boby, où des univers qui n’auraient jamais dû se croiser finissent par se rencontrer.

Les diptyques occupent une place essentielle dans Cafoucho. Certaines images ne prennent tout leur sens que dans le livre, notamment grâce à des diptyques pensés spécialement pour l’ouvrage. Des photos se font écho, comme cet enfant qui saute d’un arbre et celui allongé dans une cour de récréation. Ou encore, ce portrait du groupe Justice au milieu d’une croix qui fonctionne uniquement dans ce face-à-face avec la photo du panneau Trou de l’Enfer. Boby joue sur les couleurs, les formes, les gestes… Certaines photographies n’existent pleinement que dans ce face-à-face : elles se complètent, se contredisent parfois, mais dialoguent toujours. Je pense à cette double page ou le bleu intense des nonnes répond au rouge éclatant d’une voiture, et où une cigarette s’oppose à une sucette.

Ces images, mises côte à côte, dégagent une tension subtile, pleine de contrastes.

Certaines images m’ont particulièrement marqué. Par exemple, celle d’Anne Sila pour son album est sublime. Elle a été prise dans une voiture en passant sous un tunnel, ce qui lui donne ces tons chauds et cette ambiance particulière. Tout comme celle de Benoît Poelvoorde sur des toilettes, à la fois décalée et évidente.

Impossible d’oublier cette image d’un CRS lors d’une manifestation à Opéra, avec un cœur dessiné sur son bouclier avec ce détail du feu piéton rouge qui dialogue avec une tache de peinture rouge sur sa botte.

Il y a en a plein d’autres, notamment les images prises pendant les Jeux olympiques à Paris qui m’ont littéralement scotché. Ce livre est à l’image de son travail, il compile des photos avec plusieurs lectures possibles qui font à la fois réfléchir et sourire.

Cafoucho, c’est aussi un très bel objet : un ouvrage de 256 pages, imprimées sur un papier mat épais, qui s’ouvre parfaitement à plat, permettant d’apprécier pleinement les images. Le livre est habillé d’une couverture en toile jaune. Ce jaune éclatant, c’est pour rappeler le soleil du Sud et le Ricard. Quant à la photo de sa grand-mère au dos du livre, elle a été prise il y a quinze ans pour terminer une pellicule et est devenue l’une de ses préférées. Elle résume à elle seule son univers : intime, tendre et plein de contrastes. 

Finalement, Cafoucho ce n’est pas juste un livre de photos. C’est une balade photographique qui nous plonge dans l’univers de Boby. 

Sa monographie a été publiée par Fisheye Éditions et a été lancée le 10 juin 2025 à la Fisheye Gallery. Le livre est déjà en rupture de stock un peu partout…

J’aurais adoré visiter l’exposition qui a accompagné le lancement du livre. Mais faut de cela, pour me consoler, le père Noël m’a offert le livre ! Et quelle consolation… Franchement ce mec est juste un génie.





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