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PARIS : l’appel d’un bouquiniste… a la lecture.

Je me balade souvent du côté des bouquinistes. Leurs fameuses boîtes vertes bordent les quais comme une bibliothèque à ciel ouvert. 

Mais au fond, ce n’est pas juste une tradition parisienne ou un clin d’œil au passé. Dans un monde où l’on consomme tout trop vite, où on lit de moins en moins, les bouquinistes incarnent une forme de résistance à l’éphémère, à l’oubli, à la dématérialisation.

C’était un après-midi comme tant d’autres. Je flânais le long des quais de Seine avec un ami photographe, Guillaume Arnoult, quand soudain, je vois ce personnage. Assis devant ses boîtes vertes de bouquiniste, silhouette un peu voûtée, veste de cuir patinée par le temps, il tenait un combiné filaire, branché en plein trottoir. Il parlait tranquillement, comme s’il était dans sa vieille librairie.

C’est ce détail improbable qui m’a poussé à déclencher. Voir un téléphone filaire à spirale sur un trottoir parisien tient presque du fantastique. Une scène hors du temps.

En street photography, il faut garder un  regard attentif au quotidien, savoir s’arrêter là où d’autres passent sans voir.

Quelques années plus tard, je le retrouve… Même homme, même quai. Le cuir a cédé la place à une doudoune. Ce n’est plus un téléphone qu’il tient, mais un livre qu’il restaure avec patience. Concentré, minutieux, il redonne vie à ce que d’autres auraient jeté.

Ce jour-là, ce sont les pancartes qui ont attiré mon regard et l’appel qu’il lance désormais : un appel à lire. 

À travers ces deux photos, je vois deux époques qui se croisent sur un trottoir : d’un côté, Paris qui s’agite, les écrans qu’on scrolle à toute vitesse sans vraiment s’y attarder; de l’autre, lui, posé, calme, au milieu des livres que l’on prend le temps de toucher, de feuilleter.

Dans une société où tout va vite, il incarne sans doute ce que nous cherchons tous : le temps, la mémoire et préserver un lien entre les choses, entre les gens.

Il y a des scènes que l’on capture sans les chercher. Ce genre de scène, on ne peut pas les prévoir. Elles se présentent à ceux qui savent encore s’arrêter et prendre le temps de regarder.





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