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Instants suspendus : la poésie des duos au cœur du quotidien

Une amie me faisait remarquer récemment que les couples revenaient souvent dans mes photos de rue. Cette observation m’a donné l’envie d’écrire quelques lignes, mais surtout de partager des images.

Pour être honnête, je ne me suis jamais vraiment interrogé sur ce qui pouvait expliquer leur présence si régulière dans mes photos de rue. Au milieu du bruit, de la foule et de l’agitation des villes, deux personnes créent soudain une bulle d’intimité. Capter ces gestes tendres, ces regards ou ces silences partagés, c’est simplement capturer un peu de poésie du quotidien.

 

Saisir l’amour au coin de la rue est un sujet qui revient souvent chez les photographes humanistes, un courant qui m’a toujours beaucoup inspiré.

 

Impossible de ne pas penser au Baiser de l’Hôtel de Ville de Robert Doisneau. Même si la photo a été mise en scène, le baiser était bien réel. Cette image est devenue un symbole du romantisme parisien, même si j’avoue avoir une préférence pour Le baiser du Pont Neuf.

Le travail de Sabine Weiss me touche également beaucoup. Il y a beaucoup d’humanité dans son regard, dans ses photos. Toute sa vie, elle a arpenté les rues, guidée par l’envie de retenir l’éphémère, garder une trace des gestes qui filent trop vite…

Chez Willy Ronis, la complicité est saisit avec tendresse. Les Amoureux de la Bastille raconte une belle histoire. En 1957, il grimpe sur la colonne de Juillet pour prendre quelques photos de Paris, et aperçoit un jeune couple enlacé, tout en haut. 31 ans plus tard, il apprend qu’ils tenaient un café-tabac de l’autre côté de la colonne, et qu’ils avaient encadré la photo dans leur bistrot. 

Henri Cartier-Bresson, lui, intégrait les duos dans des compositions géométriques parfaites. Je pense à son célèbre pique-nique du dimanche sur les bords de la Marne, mais aussi à ce moment tendre qu’il capte à la terrasse d’un café parisien avec Le Baiser, Quartier Latin.

 

Cette attention portée aux couples ne s’arrête pas aux frontières françaises. Aux États-Unis, Elliott Erwitt en a fait un sujet central de toute sa carrière, entre humour et tendresse. En Italie, Gianni Berengo Gardin, souvent surnommé le « Doisneau italien », saisissait lui aussi ces moments tendres au cœur du quotidien.

Enfin, dans les rues de Chicago ou de New York, Vivian Maier a photographié de nombreux couples avec une touche d’ironie ou de mélancolie, sans jamais montrer son travail à personne. Nounou toute sa vie, ce n’est qu’après sa mort, en 2009, qu’un chineur a découvert par hasard ses milliers de négatifs.

 

En arpentant les rues, regarder et photographier les gens m’amène toujours à m’interroger. On observe une silhouette, un geste, et on commence à se raconter des histoires : est-ce un premier rendez-vous, des retrouvailles tardives ou un adieu ? C’est précisément ce mystère qui fait la force de la street photography : capturer un fragment du réel et laisser chacun imaginer la suite…

 





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© 2024 Thomas Dufourneau – SIRET 52212779400017

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